Sueur de lutteuses, poussière de ciment







  La règle est qu’il n’y a pas de règles, tant que le corps reste la seule arme. Sont interdits : les ciseaux, canifs, cutters, ainsi que les bijoux. Le mois dernier, lors de la quatrième reprise, une Mexicaine a fait sauter la pierre d’ambre enserrée sur sa bague par quatre griffes en or. Tandis que la bille couleur de miel roulait sur le ciment, elle a lacéré le front et les seins de son adversaire de profonds sillons pourpres en forme de croix, invoquant la vierge noire de Guadalupe, criant qu’elle allait crever les yeux de la pute blanche qui venait ici par vice alors qu’elle, Josefina, se battait pour ses fils, des jumeaux, afin de leur offrir des études et qu’ils s’élèvent au-dessus de cet enfer. Elle a été exclue. La sanction est la même pour toutes celles qui bafouent nos accords, quelle que soit leur valeur ou leur motivation. Désormais, Josefina ne pourrait pas même prétendre à un combat de dixième ordre, confrontée à des débutantes sans technique dans l’ombre d’une étable au sol gluant de bouse. Mais elle est devenue une héroïne aux yeux de ses enfants et des autres mères de son village : Fina, le doigt vengeur de la Madone, celle qui a marqué au sang la chair d’une puta impie.
  De nombreuses rumeurs courent sur nos matchs clandestins.  [...]

(Sueur de lutteuses, poussière de ciment, Extrait)