La robe de peau






  Si nous nous croisions dans la rue, vous ne me remarqueriez pas car j’aime à cacher mon corps. Être regardée me fait trembler de peur et je fuis les boutiques trop luxueuses − celles où les vêtements, suspendus sous les spots tels des sculptures de tissu, me dissuadent à jamais de les approcher. Celles dont les vendeuses aux mensurations de mannequins, aux sourires artificiels, m’invitent à essayer, à tenter ma chance quand tout dans leur regard suggère : « Ce n’est pas pour toi, ma chérie.» Les habits me sont une matière vivante, animale, et, comme tout chasseur, je déteste que mon gibier m’aguiche ou me snobe. J’aime choisir ma proie.
  Ma robe fétiche, je l’ai dénichée dans l’obscurité d’une boutique de seconde main, cachée sur un portant entre de tapageurs lamés or et de frivoles mousselines volantées. Presque insignifiante à première vue : longue, noire, mate − sans rien qui excite l’œil, excepté, peut-être, une parure métallique semblable à une unique bretelle et dont j’identifiais mal l’emplacement. Je l’ai jetée sur mon bras, avec quelques autres tenues plus courtes et plus moulantes car, ce soir-là, je souhaitais plaire à un homme.  [...]

(La robe de peau, Extrait)